17.10.2006
L’accompagnement du changement
Finistérien et brestois, lecteur assidu du Télégramme, je me permets de vous faire part de mon incompréhension vis à vis de cette artificialité que représente le Parc marin d’Iroise (Le Télégramme d’aujourd’hui). Ayant travaillé cinq années durant à la préfecture maritime, il me semble avoir la compétence nécessaire pour m’exprimer et pour que vous fassiez paraître cet article dans votre journal.
Tout d’abord, je ne comprends pas ce nouveau préfet maritime qui se laisse « manger la laine sur le dos ». La mer a toujours été le domaine du préfet maritime. Et il n’y a aujourd’hui aucun élément nouveau qui puisse modifier cet état de fait. Ce ne sont pas quelques projets hasardeux de champs éoliens en mer qui changeront quoi que ce soit. Hasardeux car l’investissement dans des champs marins est moins rentable que dans des projets terrestres. Et ces derniers suffiront à nos besoins énergétiques.
Depuis les attentas du 11 septembre 2001 la lutte antiterroriste a pris une importance majeure. Elle ne fait que se joindre à la lutte contre les trafics. Drogue et clandestins notamment. Et il me semble que le Finistère est suffisamment sensible par l’ensemble des installations militaires qui y sont implantées pour qu’on y prête attention. Le préfet maritime, et ses administrations, dont la gendarmerie maritime, suffisent au besoin en liaison avec les autres services de l’Etat.
Cela reviendrait aussi à créer une nouvelle administration là où, pour une fois, le préfet maritime est le seul compétent et suffisant. Rappelons que les Affaires maritimes lui sont rattachées. Notre administration française, déjà pléthorique, n’a vraiment pas besoin de cette nouvelle verrue.
D’ailleurs nos élus bretons ne s’y trompent pas. Attachée depuis toujours à la mer, source de richesses, une bonne majorité n’en veut pas de ce parc. Ajoutons aux opposants l’ADVILI et les goémonniers. La création de ce parc apparaît ainsi à nombre d’entre nous comme plus que suspecte.
Quant à l’argument environnemental, il ne tient pas la route. L’environnement a malheureusement tendance à servir aujourd’hui à tout un tas d’alibis relevant de l’escroquerie. Tout d’abord ses frontières s’arrêtent au Finistère. On se demande bien pourquoi. Les poissons se promènent partout sur nos côtes. Et la limite Nord est la même que celle des zones d’exercice des bâtiments militaires. Vraiment curieux. Ensuite, la rade de Brest, réceptacle de tous les immondices du coin, n’en fait pas partie. Deux rivières, l’Aulne et l’Elorn, y déversent nitrates, pesticides et autres vases. Ajoutons la pollution inéluctable de deux ports militaires à connotation nucléaire : l’Ile longue et Brest. Plus un port civil et les excédents des égouts de la ville de Brest quand il pleut trop fort. Vraiment suspect.
Alors, si on veut être rigoureux, reprenons une à une les dix orientations de ce parc marin telles que le Télégramme nous les présente :
- « Approfondir les connaissances des écosystèmes marins ». Il existe déjà des organismes dont c’est la mission. Citons simplement le SHOM, l’IFREMER, Océanopolis, l’UBO et l’institut de la mer. Et tout ceci sur Brest. Des organismes déjà si nombreux qu’ils font parfois la même chose. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Maintien des espèces protégées, rares ou menacées ». Il n’est évidemment pas possible de clôturer un parc marin. Le respect de la loi en mer ne peut se faire que par les moyens de surveillance, voire de rétorsion, en mer de l’état, donc de la préfecture maritime. Rappelons que le préfet maritime relève directement des services du premier ministre. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Réduction des pollutions terrestres et maritimes ». Les pollutions terrestres sont du ressort du préfet de département. Et les pollutions maritimes relèvent bien du « Premar » dont le rôle est de coordonner les moyens de l’état en mer, en liaison avec les préfets terrestres lorsque la pollution menace la terre. Nous avons suffisamment d’exemple en Bretagne depuis l’Amoco Cadiz et le Torrey Canyon pour le savoir. Soulignons aussi l’efficacité du préfet maritime précédent et de notre justice puisque les pollutions ont bien diminué depuis plusieurs mois. La sévérité semble porter ses fruits. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Maîtrise des activités d’extraction des matériaux ». S’il s’agit uniquement du maërl des îles Glénan, on peut considérer que l’on peut très bien s’en passer et qu’il n’apporte pas de solutions puisqu’il n’y a pas vraiment de problèmes. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Exploitation durable des ressources halieutiques ». Il existe déjà les Affaires maritimes et la gendarmerie maritime à qui il revient de faire les contrôles réglementaires. Il existe aussi l’IFREMER qui travaille avec le monde de la pêche, notamment pour évaluer les stocks ou pour étudier la reproduction piscicole. Et cette industrie a pris conscience, peut être un peu tard, du risque de raréfaction de la ressource. En aucun cas, ce parc n’apportera quelque chose de plus. S’il s’agit uniquement de la pêche à pied, cela relève du ridicule. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Exploitation durable des champs d’algues ». Mêmes remarques. Donner une autorisation administrative pour exploiter ou cultiver un champ d’algues ne nécessite pas une administration spécifique. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Soutien de la pêche professionnelle ». La pêche professionnelle dispose déjà de soutien par le réseau des CCI, notamment, ou par le fond gazole. Elle a aussi des problèmes sérieux comme le prix du pétrole, sa disparition à terme et l’état de la ressource. Il est quand même incohérent de voir mentionner ici le soutien à la pêche quand quelque lignes plus haut il est question de préserver la ressource halieutique. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Soutien des activités sur les îles pour le maintien d’une population permanente ». Ici aussi, il semblerait que l’on fasse le constat d’échec de l ‘aménagement du territoire et des conseils régional et général. Serait-ce une insulte à la figure de tous ces élus ? Surprenant. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Conservation et préservation du patrimoine paysager, architectural, maritime et archéologique ». Il existe déjà un conservatoire du littoral dont on a rappelé récemment le rôle et l’importance, une loi littorale que l’on ferait bien mieux d’appliquer, des collectivités territoriales et des préfectures. Le parc marin n’apporte rien ici.
- « Développement raisonné des activités touristiques, nautiques et de loisirs, compatibles avec la protection des écosystèmes ». Pourquoi développer encore ce genre d’activités quand le pays en est saturé ? On frôle le manque d’eau tous les étés. Et on aménage le territoire pour les touristes depuis 40 années environ en Bretagne. Pourquoi développer encore l’activité nautique ? Nos ports de plaisance sont pleins de voiliers qui ne naviguent pas. En France la moyenne annuelle de navigation est de une semaine pour un bâtiment de plaisance. Et on va faire le port du Château à Brest sans ce parc marin, en dehors du parc marin. Alors ? Le parc marin n’apporte rien ici non plus.
Non, vraiment, honnêtement, le parc marin d’Iroise n’apporte rien. Aurions nous tant de fonctionnaires, tant de cadres de niveau A, qui ne savent plus que faire, qui ne savent plus qu’inventer pour survivre ? Pour justifier des fonctionnaires ? Pour justifier leur poste ? Et qui ne rêvent que de toujours plus d’administration ? Aux frais du contribuable…
Faisons déjà marcher les administrations qui existent au lieu d’ en remettre une couche. Elles sont déjà largement suffisantes, voire excédentaires. Croyez – moi.
Alors, dites nous la vérité, monsieur le préfet maritime. A quoi sert ce Parc marin d’Iroise ? Ou alors, fermez ce dossier. Une bonne fois pour toutes. Et au revoir…
René - Pierre Hémon, Brest, le 14 octobre 2006
Analyste en économies pérennes
Le diagnostic organisationnel global et environnemental
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09:50 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Parc marin d'Iroise, Brest








