01.10.2009
Le développement breton vu par Christian Savidan
Il y a plusieurs façons d’envisager le développement de notre pays. Je me permets d'en proposer une qui « vient du terrain ». Parmi nos principaux dirigeants politiques, le hasard a voulu que nous ayons toujours eu des « terriens » et rarement des « marins ».
La France a été un grand Pays quand elle avait une Marine digne de ce nom ! Nous n’avons pas de ports comme Anvers, Rotterdam, Hambourg, Singapour ou Hong-Kong. On se demande pourquoi ! Il faut jouer la Façade Maritime dans sa globalité. La Façade Atlantique a un grand avenir car elle concerne beaucoup de monde, de l’Europe du Nord à l’Europe du Sud, sans oublier l’Afrique et les Trois Amériques, qui « regardent » vers l’Europe et vers la Façade Atlantique. Tous les principaux Etats, les métropoles internationales Londres, Paris, Dublin, Madrid, Lisbonne, Casablanca, Dakar, Montréal, New-York, Rio de Janeiro, Sao Paulo, Buenos-Aires sont concernés par l’Océan Atlantique.
Il faut y réaliser les infrastructures essentielles qui font défaut aujourd’hui. En Bretagne, au départ de Brest ou de Quimper, nous avons deux carrefours incontournables et complémentaires : Rennes et Nantes. Rennes, c’est la direction Paris vers Strasbourg, Bruxelles ou Londres, c.a.d. l’Europe du Nord ; Nantes, c’est la direction Dijon, Lyon en autoroute ou TGV, c.a.d le « cœur de l’Europe ».
C’est aussi la direction Bordeaux-Espagne et Portugal, c.a.d. « L’Europe du Sud ». Madrid et Lisbonne doivent être reliées au TGV à partir de Bordeaux et non de Marseille ! Nous sommes partisans d’une voie ferrée rapide Bretagne (à partir de Brest et de Rennes) vers Nantes, Bordeaux, Espagne et Portugal. Cela permettra de rééquilibrer la France. La priorité de fait accordée à l’axe « PLM » est discutable aujourd’hui. Le développement économique ne viendra pas de là. Pour l’instant c’est l’axe du Moyen-Orient et des conflits. Impossible de bâtir une stratégie économique là-dessus. Pour diriger un pays, il faut une vision précise de l’avenir et une ambition, à l’échelon mondial en ce qui nous concerne.
Quand il y a des conférences internationales sur le Pacifique, récemment à Santiago du Chili, tous les principaux Etats concernés sont présents : les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, les principaux Etats d’Amérique Centrale ou d’Amérique du Sud, le Japon, la Chine, l’Indonésie. Pourquoi pas la France ? Nous avons une influence réelle à Tahiti, en Nouvelle Calédonie, au Cambodge-Laos, au Vietnam. Il faut être là ! Par contre nous organisons à la mode « France-Afrique » une conférence avec nos anciennes colonies, DOM ou TOM. Il faut changer de registre.
Le renforcement de nos Régions : les deux Normandies en même temps, la réunification de la « Bretagne Historique », passe aussi par une nouvelle décentralisation et un budget régional crédible. La Région doit avoir une compétence réaffirmée au niveau économique, infrastructures, tourisme, culture. Le Département, c’est la proximité, l’aide sociale. Dans les Régions à forte identité, la Région s’impose d’elle-même. Les départements peuvent être un « frein » au développement.
Il faut potentialiser se forces en créant des réseaux efficaces : Brest-Rennes et Nantes, voire des réseaux des villes moyennes ou des petites villes. Pour être efficace, il faut travailler sur tout le territoire. Avec cette méthode, en Vendée, il y a 12 ME pour 11 habitants ! Il faut créer des complémentarités entre les aéroports, par exemple Nantes et Brest, sur certaines liaisons internationales. L’on devait aussi s’interroger sur l’avenir de l’aéroport de Brest. Cet aéroport a une vocation internationale comme Shannon en Irlande.
Faut-Il tout faire passer par Roissy ? C’est la question. Brest, c’est un carrefour incontournable de l’Europe du Nord vers l’Europe du Sud, l’Afrique ou les trois Amériques. Il faut cesser de raisonner en « Parisien », voir en « Jacobin ». L’on serait beaucoup plus réactif, l’on créerait beaucoup plus d’emplois si l’Etat était décentralisé. Quelle fâcheuse méthode de diriger Paris « La Science » contre les Régions, « les vassales ». L’on créerait un nouveau dynamisme, un état d’esprit de « pionniers ». L’Etat y trouverait son compte, car tout le monde serait beaucoup plus réactif. Lorsque j’étais maire de Pleyben et que je devais repeindre la porte de l’église classée, il fallait s’en remettre au Ministère des Affaires Culturelles, et attendre deux ou trois ans la venue d’un architecte des Monuments Historiques qui déciderait de la suite à donner. Cela pourrait être beaucoup plus décentralisé. Dans la hiérarchie des valeurs, le statut des maires doit être revu et revalorisé, notamment dans les petites communes rurales.
Les maires jouent un rôle essentiel et prédominant dans l’Aménagement du Territoire. Il y a, depuis bien longtemps, une confusion des valeurs. Les mandats « parisiens » sont surévalués. On se demande pourquoi ! Il faut réfléchir à l’Aménagement du Territoire, et à ceux qui sont capables de le réaliser. Vous trouverez obligatoirement les maires, quelle que soit l’importance de la commune. A Pleyben, nous avons lancé la RN 164 « Châteaulin-Rennes » en voie express. Il faut la terminer et prévoir une ramification vers Nantes à partir de Loudéac vers Ploërmel-Redon, le futur aéroport de Notre-Dame des Landes et Nantes. Il y a de plus en plus de « ralentissement », pour ne pas dire « bouchons » vers Saint-Brieuc-Lorient (malgré une 2x3 voies coûteuse), Auray et Vannes. La RN 164 est importante pour toute la Bretagne. Contrairement aux idées reçues, la Bretagne centrale n’est pas « retardée », sans dynamisme ou sans punch.
Ce sont des petites communes rurales de la Bretagne centrale : Brasparts, Poullaouen, Callac, Carhaix, Rostrenen, qu’est parti le renouveau culturel qui a redonné confiance et dynamisme à toute la Région. Il est bon d’avoir toutes ces notions à l’esprit. La Bretagne est compacte, c’est un tout. Le dynamisme n’est pas l’apanage du littoral. La période actuelle que nous vivons est le ferment de nouvelles réflexions et doit nous permettre de rebondir. L’innovation doit y avoir toute sa place. Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de mes sentiments distingués.
Christian Savidan
Maire et Conseiller général honoraire de Pleyben
12:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bretagne, aménagement du territoire, christian savidan, pleyben









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