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24.07.2008
Transfert sanitaire. Rappel sur les transports à risque
Ambulancier depuis près de 20 ans, bien sûr ému qu’une famille soit endeuillée suite à un tel accident je lui présente toutes mes condoléances. Par contre je suis très mal à l’aise à la lecture de cet article ainsi qu’à celle des réactions bien habituelles mais surtout maladroites de nombre de confrères.
Voir l'article du Télégramme du 11/07/2008 : Drame du transfert sanitaire. Les plaintes se succèdent
Qu’advient-il de la dignité et du respect du patient quand certains d’entre nous vont jusqu’à parler de « fada » pour désigner un patient. Il me semble qu’un peu de culture professionnelle et de sens des responsabilités auraient sans doute permis d’éviter un tel drame. A tout seigneur tout honneur : M. le Président de la Fédération, il est trop facile de dire que nous ne sommes que des exécutants. Bien sûr, nous ne travaillons que sur prescription médicale, mais lorsque celle-ci est inepte, nous nous devons de décliner l’offre et c’est ce qui se pratique dans l’entreprise qui m’emploie. D’autre part, tout le monde sait que dans la plupart des cas, la prescription a été rédigée par "n’importe qui" ; je connais personnellement des médecins, hospitaliers depuis plusieurs années, qui ne savent à quoi ressemble un bon de transport.
Pour ce qui est de ces transports à risque, il nous faut rappeler quelques principes :
1- Tout d’abord le principe de précaution qui impose qu’un patient sédaté fasse l’objet d’un transport sous surveillance médicale.
2- Un patient placé sous contrainte ne peut faire l’objet d’un transport en V.S.L. (minimum requis : 2 accompagnants).
Il est par ailleurs du devoir de l’ambulancier de demander la nature du placement et de refuser d’effectuer en V.S.L. un transport d’HDT. Rappelons en outre que depuis Janvier 2008, les ambulanciers sont diplômés d’État, ce qui de fait interdit le transport sanitaire aux autres professionnels n’ayant pas ce diplôme. Pour ce qui est de l’usage de la contention : elle doit être prescrite et faire l’objet d’une surveillance consignée ou d’une fiche de traçabilité. Depuis 1992, suite à une réunion à laquelle participaient des ambulanciers privés, le SAMU de Paris, les pompiers de Paris, la question de la pose d’une contention à l’initiative du transporteur a été tranchée : Il est donc nécessaire pour le transporteur d’en avertir sa régulation médicale ou à défaut, le médecin du service receveur.
D’autre part, dans la conférence du consensus, (9ème CONFERENCE DE CONSENSUS AGITATION EN URGENCE (Petit enfant excepté) 6 Décembre 2002 TOULOUSE, il est précisé : « …Faute d'être pris en charge rapidement, le risque de passage à l’acte et de violence est majoré. Les éléments anamnestiques prédictifs, des antécédents de comportements violents doivent être systématiquement recherchés. On déterminera le type de violences, s'il y a eu des victimes, si le patient est armé. Des éléments annonciateurs de violences sont accessibles à l'observation…. L’appel pour un patient agité doit être obligatoirement transmis au médecin régulateur du Samu. Une présence médicale auprès du patient est obligatoire. Le médecin dépêché pratique un examen clinique et les premiers examens biologiques. Le médecin sur place confirme le diagnostic, pratique les premiers soins et transmet le bilan médical au médecin régulateur du Centre Régional de Régulation des Appels (CRRA). L’organisation de la prise en charge, du transport et de l’accueil hospitalier du patient agité incombe à la régulation du CRRA. Pour une hospitalisation libre, l’effecteur envoyé sur place est un transport sanitaire privé.
En cas de carence, les pompiers peuvent intervenir dans le cadre de conventions spécifiques. Dans le cadre d’une HDT, l’intervention d’un SMUR n’est pas systématique. Pour une hospitalisation d’office, un moyen de transport spécialisé doit être recherché. En cas de dangerosité avérée, un rendez-vous peut être organisé à l’initiative du CRRA entre les forces de l’ordre, les pompiers et le médecin urgentiste.» Personnellement, ainsi que mes collègues, nous exigeons tous cette prescription, si nous ne l’obtenons pas : soit nous faisons appel au centre 15 pour arbitrage, soit le patient reste sur place.
Il ne sert donc à rien d’être scandalisé et de crier aux loups comme le soulignent les collègues. Il serait sans doute plus opportun de réfléchir à une formation spécialisée pour les entreprises effectuant fréquemment, ce type de transport. Il nous faudrait en outre veiller à l’équipement de véhicules spécialisés. Je ne comprends pas pourquoi, alors que les transports d’enfants possèdent un verrouillage actionné de l’extérieur, les ambulances qui effectuent des transports d’agités n’en n’ont pas ? Pourquoi fait-on voyager des malades dangereux dans des véhicules d’urgence où, tout, par définition doit être immédiatement accessible, fournissant ainsi de nombreuses armes potentielles en cas d’agitation. Comme vous le voyez ce drame peut effectivement nous interpeller, mais de grâce cessons les jérémiades et mettons nous sérieusement au travail afin que cela ne puisse se reproduire.
Alain Dutailly
16:30 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ambulance, fait-divers
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